Sophie a attiré mon attention sur un article de Forbes (Hold The FON) qui soulève en effet des questions intéressantes sur le modèle économique (Business Model - BM) de FON.
Il rapporte le conflit d’intérêts naissant entre FON et les FAI traditionnels. Le différend s’exprime sur la base d’une clause traditionnelle des FAI interdisant la revente ou le partage de la Bande Passante (BP) à l’extérieur des murs du client. Cette scène prenant place au lendemain de l’entrée de Google et Skype (groupe eBay) dans le capital de FON.
Personnellement, je ne crois pas à l’efficacité d’un “I want my money back !” de la part de Google ou Skype : il y a, en effet, cet usage juridique qui distingue les consommateurs lambda des professionnels maîtrisant l’état de l’art… et je pense que ces investisseurs connaissent parfaitement ces limites juridiques qu’elles ne peuvent donc dénoncer.
Par ailleurs, la limite au BM de Fon est purement contractuelle : l’enjeu sera donc de se mettre d’accord avec les réseaux filaires qui mènent jusqu’au routeur WiFi. Et le BM intègre depuis le début un mode de rémunération destiné aux Entrepreneurs prêts à entrer dans la danse.
Par contre, je me demande si les réseaux concernés sont fondés à poursuivre FON : de toute évidence, ils devront faire juridiquement pression sur les clients - qui à leur tour seront susceptibles de se retourner contre FON (même si j’ai difficulté à trouver une autre plainte qu’abus de naïveté… puisqu’ils ont tous validé les CGU). Au final, ceux qui s’en prendront à leurs clients risquent de les perdre bêtement.
Le plus probable est donc que les FAI seront payés sur la base du partage du CA généré comme proposé par FON. FON se retrouvera ainsi comme hub WiFi principal. Et l’utilisateur lambda sera encouragé à partager sa BP par son FAI qui attendra le WiFiste payant à qui facturer une seconde fois sa BP.
Restent 2 conséquences:
- Le FONero mutualiste qui bénéficiait gratuitement de l’accès sur la base de ce qu’il partage va tendre à disparaître. Ne restera, en effet, que l’abonné à un FAI filaire qui aura accès à un réseau WiFi, en roaming en quelque sorte, lorsqu’il quittera son domicile (Cf. réseau Naxos). Pour des raisons de risques juridiques, FON rappellera dans son Disclaimer qu’il ne pourra être considéré comme responsable des cas de violation de BP…
- Certains FAI refuseront de se soumettre à FON - et comme dans toute révolution, de nouveaux clans seront formés. On verra apparaître quelques constellations de FAI constituant des réseaux WiFi - à l’image des alliances existantes dans le secteur aérien. FON restera probablement à la tête d’une d’entre elle, mais sur Internet, les positions ne sont jamais certaines - et FON peut très bien être un acteur mineur.
Mais ne pleurons pas trop sur FON : son fondateur est déjà très riche (malheureusement, le pauvre est en train d’être redressé fiscalement pour une histoire de piscine qui fait penser au petit mur d’un habitant de Fréjus
), et FON restera sans nul doute parmi les quelques noms célèbres de la courte Histoire de l’Internet. Amis WiFiste, dormez sans crainte, le Business Model de FON va très bien : il montre la voie des FAI virtuels du WiFi des prochaines années :-).

Ton analyse économique est pertinente. Toutefois, la mutualisation d’un outil contrevenant à un contrat initial et générant un CA pour l’utilisateur pourrait placé les FAI dans la position actuelle des majors de l’industrie du disque face au P2P.
Non, précisément parce que le CA n’ira pas à l’utilisateur mais au FAI.
Par ailleurs, le conflit existant entre le P2P et les majors de l’industrie du disque est strictement un conflit issu de la remise en cause de leur modèle économique initial. C’est stricto sensus : une “crise” qui s’exprime sur le dos du symptôme.
Le problème de l’industrie du disque n’est pas dans le protocole P2P - mais dans son usage. Or cet usage répond à une attente de la part de leur marché, il se serait exprimé sur un autre protocole si celui-ci n’existait pas.
Ce qu’il y a de commun avec FON, c’est que ces besoins s’expriment là où une marge de manoeuvre semble exister (même si ce n’est qu’une illusion). Les acteurs en place se rebellent alors : cela marque le début de la crise, il n’y a plus qu’à trouver des solutions.
Il ne fait aucun doute que des solutions seront trouvées car :
1) Le besoin et les attentes sont réelles.
2) Les acteurs historiques apportent encore une valeur ajoutée structurelle et reconnue.
C’est aussi le cas de la crise éthique concernant les moteurs de recherche. C’est pour cette raison que des réponses seront bien évidemment trouvées. Comme toujours, l’inconnue est le prix qui sera payé par chacun des acteurs en place.
Suite du débat, sur le blog de Sophie.